Les abeilles assurent la reproduction de la majorité des plantes à fleurs : en transportant le pollen d’une fleur à l’autre, elles permettent la fécondation et donc la formation des fruits et des graines. Environ un tiers du volume de l’alimentation mondiale dépend de cette pollinisation, et près de 75 % des cultures en bénéficient à des degrés divers. Le rôle des abeilles dans la biodiversité ne se limite donc pas au miel : c’est un maillon dont dépendent des milliers d’espèces végétales, et tout ce qui vit de ces végétaux.
Quel est le rôle des abeilles dans la biodiversité ?
Une plante à fleurs ne se déplace pas. Pour se reproduire, elle doit faire voyager son pollen jusqu’au pistil d’une autre fleur de la même espèce. Le vent y suffit pour les graminées et les conifères, mais la grande majorité des plantes à fleurs dépend d’un intermédiaire animal — et les abeilles sont, de loin, le plus efficace.
Leur efficacité tient à un comportement particulier : une butineuse reste fidèle à une seule espèce florale pendant toute sa vie de butineuse. Elle ne mélange pas les pollens. Le pollen qu’elle transporte arrive donc sur une fleur qui peut l’utiliser, là où un insecte opportuniste le disperse en pure perte.
Sans pollinisateurs, la chaîne s’interrompt à son premier maillon : pas de fruits, donc pas de graines, donc pas de renouvellement des plantes, donc plus rien pour les oiseaux et les mammifères qui s’en nourrissent. C’est ce qui fait des abeilles un indicateur de l’état d’un milieu autant qu’un acteur de son équilibre.
Abeille domestique et abeilles sauvages : ce n’est pas la même chose
C’est la confusion la plus répandue, et elle change complètement la manière d’agir. Quand on parle « des abeilles », on désigne en général Apis mellifera, l’abeille domestique élevée par les apiculteurs, qui vit en colonies de plusieurs dizaines de milliers d’individus — nous en détaillons le fonctionnement dans notre article sur l’organisation d’une ruche d’abeilles.
Mais la France compte près d’un millier d’espèces d’abeilles sauvages, et le monde une vingtaine de milliers. La plupart sont solitaires : elles ne produisent pas de miel, ne vivent pas en ruche, nichent dans le sol, dans du bois mort ou dans des tiges creuses. Osmies, andrènes, bourdons, mégachiles — beaucoup sont des pollinisatrices plus efficaces que l’abeille domestique sur certaines cultures, et souvent plus spécialisées.
Ce sont elles, les plus menacées, et elles ne bénéficient d’aucun apiculteur pour les soigner. C’est pourquoi installer des ruches ne remplace pas la protection des habitats : les deux démarches sont complémentaires, et confondre l’une avec l’autre est la principale critique adressée à l’apiculture urbaine. Nous l’abordons franchement dans y a-t-il trop de ruches dans les centres-villes ?
Pourquoi les populations d’abeilles déclinent-elles ?
Les apiculteurs français enregistrent en moyenne 25 à 30 % de pertes de colonies chaque hiver, un niveau sans commune mesure avec celui observé il y a trente ans. Les abeilles sauvages, les bourdons et de nombreux papillons suivent la même trajectoire. Aucune cause unique n’explique ce déclin : c’est la combinaison de plusieurs pressions qui le produit.
- Les pesticides. Les néonicotinoïdes agissent sur le système nerveux des insectes et désorientent les butineuses, qui ne retrouvent plus la ruche. Interdits en France depuis 2018, ils ont fait l’objet de dérogations et restent présents dans les sols plusieurs années après leur usage.
- La disparition des ressources. L’agrandissement des parcelles, la suppression des haies et la monoculture créent de vastes zones sans fleurs une grande partie de l’année. Une abeille a besoin de ressources de mars à octobre, pas seulement pendant la floraison d’une culture.
- Le varroa. Cet acarien parasite affaiblit les colonies et transmet des virus. Sans traitement, une colonie infestée ne passe généralement pas l’hiver.
- Le frelon asiatique. Installé sur presque tout le territoire, il prélève les butineuses à l’entrée des ruches et paralyse l’activité de la colonie en fin de saison. Nous expliquons la marche à suivre dans notre article sur la destruction des nids de frelons asiatiques.
- Le climat. Les hivers doux font consommer les réserves trop tôt, les épisodes de gel tardif détruisent les floraisons, les sécheresses estivales assèchent les nectars.
L’abeille domestique dispose d’un avantage décisif sur toutes les autres : quelqu’un s’en occupe. C’est précisément ce qui rend le déclin des espèces sauvages plus préoccupant que celui des colonies suivies par un apiculteur.
Comment protéger les pollinisateurs au quotidien ?
Les gestes qui comptent sont simples, et ils s’appliquent aussi bien à un jardin privé qu’aux espaces verts d’une entreprise.
- Arrêter les produits phytosanitaires. C’est l’action au rapport effet/coût le plus élevé, et elle est immédiate.
- Tondre moins. Une pelouse tondue toutes les semaines est un désert pour un pollinisateur. Laisser des zones en fauche tardive, une ou deux fois par an, suffit à voir revenir trèfles, pissenlits et lotiers.
- Fleurir sur toute la saison. L’enjeu n’est pas le nombre de fleurs mais leur étalement : il faut des ressources de mars à octobre, y compris en juillet-août, période de disette dans beaucoup de milieux.
- Laisser des zones non entretenues. Un tas de bois mort, un talus non retourné, quelques mètres carrés de sol nu au soleil : c’est là que nichent la majorité des abeilles sauvages.
- Fournir de l’eau. Une coupelle avec des cailloux affleurants suffit ; les abeilles s’y posent sans se noyer.
- Privilégier les espèces locales. Beaucoup de variétés horticoles à fleurs doubles ne produisent ni nectar ni pollen accessibles.
Ce qu’une entreprise peut faire concrètement
Les six gestes ci-dessus s’appliquent tels quels aux espaces verts d’un site tertiaire, d’un entrepôt ou d’un siège social. Ils ne coûtent presque rien et se décident en une réunion avec le prestataire d’entretien.
Installer un rucher ajoute autre chose : un support concret, visible et suivi dans le temps, qui rend l’engagement tangible pour les équipes et pour les clients. Le rucher n’est pas une mesure de conservation à lui seul — nous venons de le dire — mais il transforme un sujet abstrait en quelque chose que les collaborateurs voient, touchent et racontent. Les bénéfices observés sont détaillés dans notre article sur les raisons d’installer des ruches en entreprise.
Apilia accompagne des entreprises d’Île-de-France depuis 2014 pour l’installation et la location de ruches sur leurs sites, avec un suivi assuré toute l’année par un apiculteur professionnel. Nous intervenons également dans les écoles maternelles et primaires pour des animations pédagogiques sur les abeilles — la sensibilisation des enfants étant, à long terme, ce qui protège le mieux les pollinisateurs.
Pour évaluer ce qui est possible sur vos espaces verts, contactez-nous : la visite de faisabilité est gratuite et sans engagement.
Questions fréquentes
Combien d’espèces d’abeilles existe-t-il en France ?
Près d’un millier d’espèces, dont une seule est domestique : Apis mellifera, celle qu’élèvent les apiculteurs. Toutes les autres sont sauvages, et la grande majorité sont solitaires — elles ne produisent pas de miel, ne vivent pas en colonie et nichent dans le sol, le bois mort ou des tiges creuses. À l’échelle mondiale, on dénombre environ 20 000 espèces d’abeilles.
Quelle part de notre alimentation dépend de la pollinisation ?
Environ un tiers du volume de l’alimentation mondiale, et près de 75 % des types de cultures en bénéficient à des degrés variables. Les céréales de base comme le blé et le riz sont pollinisées par le vent et ne dépendent pas des insectes, mais la plupart des fruits, légumes, oléagineux et fruits à coque en dépendent directement — et ce sont eux qui apportent l’essentiel des vitamines et des micronutriments.
Pourquoi les abeilles disparaissent-elles ?
Aucune cause unique, mais une addition de pressions : les pesticides, en particulier les néonicotinoïdes qui désorientent les butineuses ; la raréfaction des ressources florales liée à l’agrandissement des parcelles et à la disparition des haies ; le varroa, acarien parasite qui affaiblit les colonies ; le frelon asiatique ; et les dérèglements climatiques. Les apiculteurs français perdent en moyenne 25 à 30 % de leurs colonies chaque hiver.
Installer des ruches suffit-il à protéger les abeilles ?
Non, et il est important de le dire. Installer des ruches soutient l’abeille domestique, qui est une espèce d’élevage suivie par un apiculteur, pas une espèce menacée. Les abeilles sauvages, les plus fragiles, ont besoin d’autre chose : des habitats préservés, des zones non entretenues, l’arrêt des pesticides et des ressources florales étalées sur toute la saison. Un rucher d’entreprise a surtout une valeur de sensibilisation et de pollinisation locale ; il doit s’accompagner d’une gestion des espaces verts favorable aux pollinisateurs sauvages.
Que peut faire une entreprise pour les pollinisateurs ?
Six actions simples et peu coûteuses, décidées avec le prestataire d’entretien : arrêter les produits phytosanitaires, réduire la fréquence de tonte et instaurer des zones de fauche tardive, choisir des plantations qui fleurissent de mars à octobre, laisser des zones non entretenues pour la nidification, mettre à disposition un point d’eau, et privilégier les espèces locales plutôt que les variétés horticoles à fleurs doubles.

